Image provenant de la page Wikipédia de Intercepted.
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Oksana Karpovych était une inconnue pour moi il y a encore deux semaines. Mercredi 21 janvier, je suis allé à la soirée de cinéma québécois Contrechamps (au CEM à Chicoutimi Nord, un mercredi par mois). On y présente Une robe trop légère pour l’hiver, 2015, de Bogdan Stefan, suivi de Interceptés, 2024, d’Oksana Karpovych. Ce dernier m’a bouleversé. Je me considère comme bien informé sur la guerre en Ukraine, et pourtant – j’étais loin d’être préparé à ce film documentaire.
Premièrement, un synopsis rapide : Depuis l’invasion à grande échelle de 2022, les services de sécurité de l’Ukraine interceptent les appels téléphoniques de l’armée russe. Sur des images magnifiques et torturées de l’Ukraine, on entend les voix de ces hommes, soldats sur le front, et de leurs familles. Ce sont des témoignages volés dans l’intimité. Je crois que c’est ce dernier point qui m’a fait le plus réfléchir. Pas d’obligation de parler, plutôt l’inverse au vu du contexte.
Je vous préviens, ce n’est pas le genre de film devant lequel on mange ou que l’on rit. Je n’arrivais même plus à parler à la fin de la projection. J’avais la gorge trop nouée.
Pourtant, il y a une lenteur dans ce film, qui laisse croire que la réalisatrice a voulu nous laisser souffler entre les voix torturées. Mais c’est une respiration haletante qui transforme le magnifique travail de direction photo et de montage en procession mortuaire.
Le tournage a été très long, surtout au vu du contexte. Ils ont notamment fait un bloc de 6 mois en Ukraine, dont plusieurs jours à 5 km des lignes russes. Ils sont allés presque partout où les Russes ont posé le pied.
Je crois qu’on ne peut pas vraiment qualifier le contenu audio du film. C’est un documentaire d’horreur. Les conversations datent de 2022 et 2023. C’est à se demander quelles autres horreurs ont depuis été interceptées.
Oksana, qui était présente en visioconférence après la projection, nous a confié qu’elle n’était plus capable d’écouter d’autres conversations téléphoniques interceptées par les services ukrainiens. Que l’horreur de ce qu’elle a écouté l’a bouleversée et la hante encore.
Car ce qu’on y entend, ce sont des âmes brisées de toutes les façons imaginables, mais aussi et surtout les récits de crimes de guerre devenus une norme. Et par ces conversations, comprendre l’embrigadement de la population russe par la propagande omniprésente là-bas. Certains essaient de résister quand d’autres avalent tout ce qu’on leur donne. Et il y a ceux du front, qui ne ressentent plus rien, qui savent, ou non, que ce qu’ils font est mal, mais ils le font pareil.
Écrire ces lignes me replonge dans cette soirée de projection et de discussion qui l’a suivie. J’en ai les mains qui tremblent, les larmes aux yeux.
Écrire ces lignes me replonge dans cette soirée de projection et de discussion qui l’a suivie. J’en ai les mains qui tremblent, les larmes aux yeux.
Interceptés est un film sur l’horreur de la guerre, sur la résilience ukrainienne, mais aussi et surtout un cri de détresse sans pareil d’êtres humains dont les vies sont brisées pour plusieurs générations à venir.
Contrechamps propose chaque mois, au Centre d’Expérimentation Musicale (CEM) à Chicoutimi Nord, des ciné-rencontres dédiées aux films d’auteurs et d’autrices québécois.