Extrait de la page Wikipédia du personnage de Bubbles. 
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Il faut que je vous parle un peu de The Wire (Sur écoute), 2002.

Je sais que plusieurs d’entre vous l’ont vue, ou la connaissent simplement de réputation.

Tantôt considérée comme trop lente, tantôt comme une œuvre de génie, c’est une série qui divise et ne se laisse pas aimer facilement. Il faut, je dois bien l’avouer, s’accrocher durant les premiers épisodes.
C’est une série qui approche des 25 ans, mais qui ne vieillit pas dans son propos. Quasi documentaire, cette fiction propose une critique complète — inégalée à ma connaissance — d’une société pleine de maux et d’âmes sensibles.

Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la complexité du propos, mais la manière dont la série humanise chacun de ses personnages. Les frontières morales s’effacent : les policiers sont faillibles, les criminels attachants, et même les trajectoires les plus marginales — comme celle de Bubbles — deviennent centrales.
Plutôt que de raconter une simple histoire de police ou de trafic de drogue, The Wire propose une véritable radiographie systémique d’une société. Institutions, politiques, écoles, médias : tout y est imbriqué, et aucun personnage n’échappe réellement aux structures qui le dépassent.
Cette série nous plonge ainsi dans la complexité du monde. Elle permet de mieux conceptualiser certains problèmes de société. Elle apprend aussi à reconnaître en chacun la richesse humaine qui le compose, et à réfléchir à autrui comme peu d’œuvres filmiques le permettent.
C’est aussi le choix de raconter quelque chose qui prend son temps. Pas de suspense inutile, pas d’enquêtes secondaires pour acheter des minutes d’antenne. Chaque seconde est justifiée.
Et c’est peut-être là qu’elle a “vieilli” — mais dans le bon sens. Là où beaucoup de séries aujourd’hui sont pensées pour être regardées d’un œil, téléphone en main, avec des dialogues sur-explicatifs et des informations répétées, The Wire demande une attention pleine. Lâcher deux minutes peut suffire à perdre quelque chose d’essentiel. Et c’est précisément ce qui fait sa force : elle oblige à s’y engager, à s’y abandonner.
Les dialogues sont du génie. Un génie souvent vulgaire, certes, à l’instar de cette scène avec Bunk et McNulty* qui, durant presque quatre minutes, ne communiquent qu’en « fuck ». Des « fuck » qui en disent pourtant long sur la passion et l’abnégation avec lesquelles ces deux inspecteurs font leur travail.
Des dialogues qui ne remplacent pas l’image, n’en disent pas trop et laissent place à une réflexion de la part du spectateur. Des dialogues qui deviennent toujours plus limpides et complexes à mesure qu’on baigne dans cette œuvre, car c’est en la dévorant qu’on peut vraiment en apprécier toute la profondeur. C’est peut-être là aussi une preuve de son décalage avec le monde actuel : c’est en la regardant plusieurs fois que j’ai pris conscience de sa maturité.
Et que dire des personnages et de leur traitement ? Je m’attarderai seulement sur Bubbles, que j’ai évoqué plus tôt. Un personnage qui, derrière une première impression de fatalité, se révèle être une incarnation bouleversante de la rédemption. Cherchant sans cesse à sortir de la misère des coins de rue et des taudis, la vie l’y renvoie, encore et encore, malgré toute la force et l’intelligence qu’il met pour s’en sortir.
En ces temps troubles, où l’on tend à voir l’humanité en dichotomie, où le cinéma — et plus largement nos manières de produire et de consommer — s’enferment dans des logiques mercantiles, je vous propose de regarder ou de revoir The Wire, et d’en explorer chaque recoin.
Car je pense sincèrement que c’est en prenant conscience de la complexité des choses que commence leur compréhension ; et que cette série est une leçon — un chef-d’œuvre, qui rappelle que chaque humain, même caché sous les pires traits qu’on peut imaginer, aspire secrètement au bien, mais finira inévitablement broyé par le monde. Ce n'est pas un espoir que la série nous tend — c'est un constat qu'elle nous force à regarder en face.


* La scène est trouvable sur YouTube, bien qu'elle y soit malheureusement tronquée.

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